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mardi 7 juin 2011


La ville est grande, si grande qu'on en voit jamais la fin. Peut-être qu'on pourrait marcher des jours et des jours le long de la même avenue, et la nuit viendrait, et le soleil se lèverait, et on marcherait toujours le long des murs, on traverserait des rues, des parkings, des esplanades, et on verrait toujours miroiter à l'horizon, comme un mirage, les glaces et les phares des autos.
La ronde et autres faits divers - Le Clézio

Quelquefois, il croit que la rue est à lui. C'est le seul endroit qu'il aime, vraiment, surtout au lever du jour, quand il n'y a encore personne, et que les voitures sont froides.
La ronde et autres faits divers - Le Clézio

dimanche 5 juin 2011


Les forces destructrices de la ville, les autos, les autocars, les camions, les bétonneuses, les grues, les marteaux pneumatiques, les pulvérisateurs, tout cela viendrait ici tôt ou tard, entrerait dans le jardin endormi, et puis dans les murs de la villa, feraient éclater les vitres, ouvriraient des trous dans les plafonds de plâtre, feraint écrouler les canisses, renverseraient les murs jaunes, les planchers, les chambranles des portes.
La ronde et autres faits divers - Le Clézio


Il y avait longtemps, aujourd'hui, très longtemps qu'il n'avait pas plu.On pouvait s'en rendre compte, rien qu'à l'odeur que dégageait la pluie, en se mêlant à la poussière des trottoirs.
Le procès verbal - Le Clézio 

Peut-être qu'il n'y a personne en vérité, personne dans ces grands immeubles gris aux milliers de fenêtres rectangulaires, personne dans ces cages d'escalier, dans ces ascenseurs, et personne encore dans ces grands parkings où sont arrêtées les autos ?
La ronde et autres faits divers - Le Clézio 

dimanche 22 mai 2011



Ca prouvait qu'il n'appartenait plus tellement à cette race détestable, et que, comme son ami Le Chien, il pouvait aller et venir dans les rues de la ville, fouiner dans les magasins, sans qu'on le voie. Bientôt peut-être, il pourrait lui aussi uriner tranquille sur les essieux des voitures américaines ou les panneaux d'interdiction de stationner, et faire l'amour en plein air, en pleine poussière, entre deux platanes.
Le procès verbal - Le Clézio



Ils remontèrent ensemble la grand-rue. Il était déjà tard ; le soleil baissait déjà. Ca faisait encore une journée de finie, une à ajouter à des milliers d'autres. Ils marchèrent sur le côté de la rue exposé au soleil, sans se hâter.
Le procès verbal - Le Clézio



C'est à cette époque qu'il avait eu la révélation que la plupart des gens, avec leurs coudes serrés et leurs yeux volontaires, passent leur temps à ne rien faire. A quinze ans il avait déjà su que les gens sont vagues, indélicats, et qu'en dehors des trois ou quatres fonctions génétiques qu'ils accomplissent chaque jour, ils arpentent la ville sans se douter des millions de cabanons qu'ils pourraient se faire construire dans la campagne, et y être malades ou pensifs, ou nonchalants.
Le procès verbal - Le Clézio



Ils suivirent sagement le chemin, longeant le bord de mer à une hauteur convenable, ni trop près de l'eau, ni trop sur la colline. La terre était plantée régulièrement de massifs d'aloès, pour le repos de l'oeil et du cerveau. De la même manière, la surface de la mer était décorée presque géométriquement de crêtes pointues, qui simulaient les vagues. Tout avait l'aspect conciencieux d'une étoffe en pied de poule, d'un immense jardinet construit selon les normes du plaisir chez les scarabées ou les escargots.
Le procès verbal - Le Clézio

samedi 21 mai 2011


Venant du panorama, le vent frais le couvrit des pieds à la tête, transforma sa paralysie en douleur. Il resta debout sur ses jambes, proéminent comme un phare, contemplant sa propre intelligence dans l'univers, dont il était sûr à présent d'occuper eternellement le centre, sans relâche.
Le procès verbal - Le Clézio
Il venait de se baigner, et maintenant il s'appuyait en arrière, sur les deux coudes, de façon à laisser entre son dos mouillé et le sol un léger espace d'air propice à l'évaporation. Sa peau était rouge foncé, non pas cuivrée, et cela contrastait mal avec son maillot peint en bleu vif. Vu d'assez loin, il avait l'air d'un touriste américain, mais si on l'approchait, on remarquait qu'il avait la figure sale, et une mauvaise barbe blonde massacrée à coups de ciseaux. Il portait la tête basse, contre sa poitrine, dans une pose indifférente.
Le procès verbal - Le Clézio